29.5.10

la Légion tchèque et l'or de Koltchak












"L'histoire commence en 1918, lorsque Lénine nationalise la totalité des biens russes et étrangers. D'un seul décret, tous les comptes en devises étrangères sont gelés, et les dettes des gouvernements précédents annulées d'un trait de plume. Les réserves d'or et de pierres précieuses, les joyaux de la couronnes et le trésor de l'Eglise orthodoxe sont envoyés, sous la plus stricte surveillance, en partie à Nijni Novgorod, en partie à Kazan.
le point.fr (15-01-07)


"Au-delà de la Volga, dans l'Oural et en Sibérie (carte), la lutte contre le pouvoir soviétique se déploya largement à une échelle correspondant aux immenses espaces de l'Est. Cest le soulèvement des Tchécoslovaques qui donna la principale impulsion. Le rôle que joua au début le corps de troupes tchécoslovaques de 30 à 40 000 hommes sur le plan purement militaire et stratégique illustre concrètement la totale impuissance dans laquelle se trouvait le gouvernement soviétique au printemps et à l'été 1918 (...)
Anton Ivanovitch Denikine
Антон Иванович Деникин (1872-1947)


"Sur pression de leurs alliés occidentaux, courtisés par Masaryk et Benes, le Ministère des Affaires Etrangères du Tsar accepte en février 1917 la constitution d’une armée tchèque autonome en Russie. Les “Hussites” de la première heure inondent alors les camps de prisonniers de tracts appelant à l’engagement dans cette nouvelle armée mais les résultats sont maigres. Le nouveau gouvernement Kerenski à Saint-Pétersbourg regarde cette agitation avec méfiance mais ne souhaite pas contrarier Paris et Londres.(...)
Dans le cadre de la 3ème Armée russe, les “Hussites”, commandés par le Lieutenant-Colonel Lokocky, réussissent leur mission: faire de l’agitation panslaviste dans le dos de l’ennemi. En octobre déjà, près de Jaroslaw en Galicie, des éléments du 36ème Régiment d’Infanterie austro-hongrois et du 30ème Régiment de la Landwehr se rendent sans avoir résisté. (...)
La Paix de Brest-Litovsk met la Légion tchèque dans une sale position: elle risque d’être livrée à l’Autriche-Hongrie. Les Bolcheviks accordent le 15 mars 1918 un laisser-passer à la Légion, à la condition toutefois qu’elle n’intervient pas dans les conflits internes de la Russie. Masaryk décide d’évacuer ses hommes vers le Pacifique en empruntant le Transsibérien ; ensuite, ces soldats embarqueront à Vladivostok pour parcourir la moitié du globe et aller garnir le front français. Le 25 avril, effectivement, les premiers légionnaires tchèques atteignent le port sibérien d’Extrême-Orient; en mai, 14.000 autres soldats les rejoignent, en une douzaine de tenues différentes, sans armes, car les partis de la guerre civile russe les leur ont prises, en guise de péage pour les laisser passer.
Erich Koerner Lakatos (article paru dans la revue "Zur Zeit" de Vienne, 2006,traduction R.Steuckers.)




"Au printemps 1918, les Tchèques étant en train d'être évacués par la Sibérie vers Vladivostok, des différences surgirent entre eux et le gouvernement bolchevique de Moscou. Les Tchèques affirment avoir intercepté un radio destiné au soviet d'Irkoutsk, qui, outre d'autres raisons, prouvait que les Bolcheviques étaient d'accord avec les Allemands pour opérer le désarmement complet (déjà exécuté partiellement) des Tchèques, prélude à leur concentration dans des camps et à leur livraison à l'Autriche (...) La nuit du 25 an 26 mai commença le soulèvement tchèque sur toute la ligne du Transsibérien. L'ordre en fut donné par le général Gaïda, de Novo-Nikolayévsk, après réunion dans le salon d'une dame du monde qui n'a pas été sans jouer un rôle actif dans les coulisses de la vie politique sibérienne. (...)
(Le 18 juin 1918 Troik est prise par les légionnaires qui en profitent pour faire un massacre parmi les prisonniers austro-hongrois de langue allemande. Puis, le 10 août, ils prennent Kazan et mettent la main sur le trésor de la banque impériale russe, 651 millions de roubles-or. Ils remettent ce trésor, les fameux 8 wagons d'or, à l'amiral Koltchak, nouveau titulaire du pouvoir blanc.)
Avant la fin de l'année 1918, toute la ligne de l'Oural était prise, avec Perm et Oufa en avant de cette ligne. Mais, comme il s'amusait à faire restituer par les paysans les terres qu'ils avaient prises, à leur distribuer le fouet, à poursuivre les participants à la mort de la famille du tsar — 11 personnes sur 10 millions de morts russes — la courbe descendante de la destinée de Koltchak fut aussi rapide que l'ascendante. Au printemps 1919, (...) le parti socialiste-révolutionnaire, avec lequel sympathisait Gaida de même qu'en général tous les Tchèques, mettant la défaite du gouvernement de Koltchak sur le fait de sa politique nettement monarchiste, résolut, après l'évacuation d'Omsk, vers la fin d'octobre, de le renverser.(...) La révolte éclata, les derniers jours de décembre 1919, à Irkoutsk, c'est-à-dire dans le dos de Koltchak, alors à Nijné-Oudinsk. Le général Janin, chef des troupes alliées en Sibérie, et une notable partie des Tchèques risquaient d'être coupés par les partisans rouges, qui déjà se montraient non loin de la frontière de Mandchourie. Le général Janin et les Tchèques obtinrent le libre passage à condition de laisser arrêter Koltchak et de ne pas détériorer la voie ferrée en se retirant. Koltchak, arrêté, s'exclama avec une stupeur douloureuse : « Les Alliés m'ont trahi ! » Il fut fusillé à Irkoutsk vers le milieu de janvier 1920. L'armée tchèque se retira dès lors sans combat."
George Montandon,"Deux ans chez Koltchak et chez les Bolchéviques" (1923)



" L'expédition au fond du lac Baïkal n'est pas parvenue à remettre la main sur les stocks d'or de l'Empire russe prétendument coulés lors de la guerre civile russe (1917-1920), a annoncé jeudi un représentant de l'Institut d'histoire de Sibérie (Académie russe des Sciences) Dmitri Simonov.Peut-être les profondeurs du lac cachent-elles de l'or, mais il n'y a aucun lien avec les stocks d'or de l'Empire russe détenus à l'époque par Alexandre Vassilievitch Koltchak", a-t-il précisé à RIA Novosti. Les deux bathyscaphes, Mir-1 et Mir-2, étudiants le fond du Baïkal, ont effectué ces dernières semaines des plongées pour scruter le fond du lac. On prétend que le train contenant les stocks d'or de l'Empire russe aurait pu couler près du village Listvïanka.Examinant l'histoire des stocks d'or de l'Empire russe, on peut conclure qu'une de leurs parties a été perdue, mais pas dans la région du lac", d'après le chercheur. Il a ajouté que les stocks d'or continuaient d'alimenter les légendes, nées dans la plupart des cas des contradictions autour de la personnalité de Koltchak.
Alexandre Vassilievitch Koltchak s'est emparé des stocks d'or de l'Empire russe en 1918 à Kazan, lieu de conservation des avoirs d'or pendant la première guerre mondiale. D'après les données historiques, en 1920, tout de suite après l'interpellation de Koltchak, une partie de stocks d'or aurait été saisie par les bolchéviques. Une partie aurait été débloquée plus tôt par Koltchak afin d'acheter des armes, et certaines parties auraient été envoyées dans différents pays. Le reste aurait été saisi par un chef cosaque. "
Novossibirsk, 4 septembre 2008 - RIA Novosti
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http://www.youtube.com/watch?v=hKBeSUeGwhU


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the Czech Legion (photos)
Чешский Легион
american troops
Corto Maltese

26.5.10

Makhno, Pérégonovka, sept 1919

Moscou, métro, station Mayakovsky












" Le soleil commença à chauffer. L'infanterie makhnoviste marchait sur nos traces, mais elle ne tirait pas sur nous car, apparemment, elle n'avait plus de cartouches, ce que nous sentîmes immédiatement. Nous aussi, nous avions épuisé notre réserve de cartouches. La cavalerie ennemie nous attaqua sur nos flancs, en tentant de nous paniquer avec des jets de grenades pour agir ensuite à l'arme blanche. Il nous fallut nous arrêter sans cesse pour lui tirer dessus, afin de la maintenir à distance. Quelques uns d'entre nous tombèrent, blessés et, pour ne pas tomber vivant aux mains de l'ennemi, se tirèrent une balle dans la tête. Les blessés légers s'efforcèrent de marcher avec les valides. Nous parvînmes à la rivière Sinioukha, mais nous ne savions où se trouvait le gué. la rivière était profonde et assez large. En fin de compte, quelques uns d'entre nous se jetèrent à l'eau, une partie se noya, les autres revinrent sur la berge. L'infanterie makhnoviste s'arrêta à proximité de nous. En tiraillant contre la cavalerie, nous continuâmes à marcher le long de la rivière, dans l'espoir de trouver un gué. Par bonheur des habitants nous indiquèrent un endroit où il était possible de passer à la nage. Nous traversâmes. De nos six compagnies, il ne restait plus qu'une centaine d'hommes. Des colonnes vinrent à notre rencontre, nous crûmes que c'était les notres ; soudain elles se déployèrent et se mirent à nous bombarder ; les blessés se hissèrent sur des attelages de paysans et s'enfuirent au loin vers Novo-Oukrainka où ils arrivèrent tard dans la nuit. Les 60 derniers hommes, sous le commandement du capitaine Gattenberg, le commandant du 2-ème bataillon, formèrent une chaîne et s'efforcèrent d'atteindre la forêt proche. Il était dit qu'ils n'y arriveraient pas. Ils repoussèrent encore la cavalerie, avec leurs dernières cartouches, mais furent fauchés par la mitraille ennemie. Les derniers survivants furent sabrés. Le capitaine se tira une balle. Il n'y eut aucun prisonnier.
Almendiger, Brève histoire du 1-er régiment d'officiers de Simféropol, 1963

" Dans le ciel, couvert des nuages d'automne, éclatèrent les dernières fumées des tirs d'artillerie puis...tout se tut. Nous tous, officiers du rang, nous sentîmes que quelque chose de tragique venait de se passer, bien que personne ne pût se faire une idée de l'ampleur du malheur qui nous frappait. Personne d'entre nous ne savait qu'en ce moment précis la Russie nationale avait perdu la guerre. "C'est fini.." dis-je, je ne sais pourquoi au lieutenant Rozov qui se tenait à côté de moi." C'est fini...", confirma-t-il d'un air sombre."
Sakovitch, "La percée de Makhno", l'Appel, Munich, 1961.



" L'aphorisme affirmant que l'art de la guerre n'est pas entièrement contenu dans les livres et qu'une tête bien faite est souvent préférable s'applique on ne peut mieux au commandant de l'armée insurrectionnelle Makhno.(...) et ce qui est particulièrement intéressant, toutes ses décisions tactiques " sensées" ont toujours confirmé les lois fondamentales de la tactique. Il a tenu compte fort justement de la force morale du combattant en s'efforçant d'introduire la désorganisation mortelle au sein de notre armée rouge. Il a tenté de séparer la tête du coeur en faisant largement savoir qu'il amnistiait les simples soldats et ne fusillait impitoyablement que les commandants et les commissaires.(...) c'est lui personnellement qui sort ses troupes de toutes les situations périlleuses.(...) Chaque buisson, chaque ravin, tout est évalué et entre en jeu. Le renseignement, la liaison et la protection sont parfaitement organisés. Il connait très bien non seulement nos faiblesses, mais tient même compte de la personnalité de nos commandants.(...) Il frappe à gauche et s'en va à droite, attaque Berdiansk, puis s'en va à Gouliai-Polié. Il ne reste pas plus d'un jour ou d'une nuit au même endroit, afin de ne pas y être sérieusement encerclé. En cas d'insuccès, il part en s'éparpillant. Il ne s'encombre pas de prisonniers : à Andréevka, il nous en jette 1200 sur la route. Il se défait tout aussi bien de ses chargements qu'il jette en appât, lorsqu'il le faut, à notre cavalerie, tandis que lui-même s'en va vite et loin.
Le partisan Makhno est entreprenant et crâne à l'extrème. La première fois, il se laisse encercler à Berdiansk et nous oblige ainsi à étirer nos troupes vers le sud : l'appât est trompeur, nous nous regroupons énergiquement, mais Makhno trouve que nous n'avons pas assez étiré nos troupes vers le sud et se laisse encercler encore une fois à Andréevka ; là, quand nos troupes sont bien étirées, il s'assure que la voie vers le nord est libre et d'un coup foudroyant s'échappe de notre cercle, laissant nos troupes désorientées et toutes déconvenues. Quelques jours plus tard, il est déjà passé sur l'autre rive du Dniepr, près d'Alexandrovsk ; une semaine après, il opère déjà à Belgorod."
le Savoir militaire, oct 21.

textes traduits par
A.Skirda
tatchanka des makhnovistes
photos
carte de la bataille de Pérégonovka, 26.09.1919

22.5.10

Mike the Jap

synagogue à Moscou
"Dès qu'il en reçut la permission, Michka Yapontchik s'attela sans tarder à la formation de son détachement, qui , au bout de quelques jours, comptait déjà près de 2 000 hommes. Il commença l'entraînement militaire et politique auquel beaucoup de ses membres oubliaient de venir. Michka Iapontchik, quant à lui, aimait surtout défiler dans les rues d'Odessa en tête de son détachement, par désir manifeste d'attirer sur lui l'attention de la population.(...)
En juillet 1919, la situation sur le front se dégrada. Les colons allemands se révoltèrent dans les arrondissements de Tatarka et Lioustdorf. Des troupes de Petlioura se manifestèrent dans le secteur de Voznessensk-Vapniarka-Vinnitsa, où Michka Iapontchik fut invité à partir avec son détachement contre Petlioura.
Avant son départ, Iapontchik demanda l'autorisation d'organiser une soirée d'adieu dite "familiale" pour son détachement. On la lui donna. Il choisit à cette fin l'immeuble du conservatoire. Certains de nos commandants s'intéressèrent à ce banquet et allèrent y jeter un coup d'oeil. Il y avait parmi les invités beaucoup de femmes, d'anciennes assistantes de leurs amis, chargées hier de receler et d'écouler les objets et les valeurs volées, habillées de robes de soie aux couleurs éclatantes. Beaucoup d'entre elles arboraient des bijoux. De longues tables s'alignaient sur la scène et dans la salle. Tout était sur un grand pied, avec élégance ; on sentait un désir manifeste de frapper et d'éblouir. Les tables croulaient sous les vins, les zakouski, les fruits. Michka Iapontchik siégeait au milieu, à la place d'honneur. La soirée familiale dura jusqu'au matin.
Michka Iapontchik ne se hâta pas trop de s'embarquer et de partir pour le front contre Petlioura. Lorsque, enfin, son détachement arriva à la gare et reçut l'ordre de monter dans le train, des cris s'élevèrent de tous côtés : il restait à Odessa beaucoup de contre-révolutionnaires et, si le détachement quittait Odessa, les contre-révolutionnaires allaient prendre la contrôle de la ville. Par trois fois, le détachement se prépara à monter dans les wagons et, par trois fois, ses membres se dispersèrent. Finalement, Michka Iapontchik embarqua un détachement d'un millier de soldats. Sans doute l'annonce que Dénikine se préparait à attaquer Odessa favorisa-t-elle son départ. Iapontchik et ses amis durent se dire que leur collaboration avec les Rouges ne leur serait alors pas bénéfique. Sa conduite et celle de son détachement inquiétant tout le monde, la Tchéka fut invitée à les suivre.
La désertion mina le détachement tout au long de sa progression. Seuls quelques 700 hommes arrivèrent sur le front. Le détachement devint un régiment, dont le commandant resta Iapontchik et dont le camarade Feldmann fut nommé commissaire politique. La première tâche qui lui fut assignée fut de faire face à l'assaut des petliouristes. Mais dès leur apparition le régiment détala et ouvrit le front aux petliouristes qui s'y enfoncèrent. Iapontchik s'enfuit avec les autres. Il s'empara d'une locomotive avec un wagon d'apparat et fonça sur Voznessensk, où l'attendait déjà les tchékistes et le chef du district militaire, Oursoulov, qui le fusilla. Sa trahison nous coûta cher : les petliouristes réussirent à s'enfoncer loin dans nos positions et le commandement dut envoyer en toute hâte dans le secteur un régiment harassé par un combat sanglant et incessant de deux jours dans un secteur voisin."
Fiodor Fomine,"Notes d'un vieux tchékiste",1964.



"More than anyone else, Isaac Babel fashioned the image of the gangster Jew of southern Russia, depicting him in stark contrast to the imagined shtetl-Jew of the northern Pale of Settlement, who was steeped in tradition and piety, and victimized in an endless cycle of bloody pogroms (...)Odessa’s thriving trade and liberal policies gave the city a reputation as a land of opportunity, Russia’s El Dorado, where fortunes could be made overnight and luxuries from around the world could be acquired and consumed to your heart’s content. During the nineteenth century, thousands flocked to the region. Foremost among the migrants were Russian Jews from the central and northern areas of the Pale of Settlement, who were seeking to escape the destitution and burden of repressive tsarist legislation. Jews enjoyed greater freedom of movement in Odessa than elsewhere in Russia, having no residency restrictions imposed on them. Economic opportunities abounded, and Odessa’s Jews filled the ranks of a burgeoning commercial class. By 1875, over sixty percent of Odessa’s export firms were owned by Jews. Jewish residents were involved in local politics to a degree unmatched anywhere else in Russia (...)

Very little is known about Yaponchik, particularly his life in the pre-Revolutionary period. Leonid Utesov’s recent biographer insists that as early as 1905, Yaponchik —merely fourteen years old—was already renowned and even feared in Odessa for his physical strength and his impudence toward social conventions. But the young Jewish hoodlum, according to this author, achieved legendary status for participating in the Jewish self-defense forces that were organized in response to the violent pogroms of 1903–05. Yaponchik possibly served in the Russo-Japanese War and then, according to Yaponchik himself, spent 10 years in a tsarist prison. He returned to Odessa following the collapse of tsarism and the Provisional Government’s general amnesty of 1917. Within a short while, Yaponchik would go from relative obscurity to legendary status.
Despite his notoriety, Yaponchik is not depicted as a violent, cold-blooded thug. Like Benya Krik (in the Babel book's) he is imagined as a leader with a sense of social justice, intelligence,and an aura of respectability. According to Utesov,Yaponchik compelled his army to loot according to a strict moral code: doctors, lawyers, and “artists” were off limits—they were to be left in peace. Abraham T’homi, who out of fear and hatred of bandits organized a neighborhood self-defense force, nevertheless respected Yaponchik, since the latter helped those in need. T’homi insists that unlike other naletchiki [robbers] who were mainly bandits, Mishka Yaponchik used the loot
Odessa, not only to maintain himself and his army of supporters in style; he would stockpile food and medicines and distribute them free to the poor.
Yaponchik is portrayed as someone who understood that power is about more than mere physical strength. He was skilled in using the art of public spectacle and performance to his advantage. According to Utesov,Yaponchik “loved to lead his army through the streets of Odessa.He led the way, riding a gray mare. At his side stood his adjutant and advisor Meyer Gersh-Gundosyi. Blind in one eye, red-bearded, and riding a red stallion.”After deciding to support the Bolsheviks, Yaponchik called a meeting of all the city’s thieves and gangsters to present his proposal to fight for Soviet power. Utesov attended this event,since “the artists of Odessa all knew Yaponchik personally”and were thus invited to hear his speech. Perhaps he recognized the important role that artists can play in constructing and disseminating popular images of public figures. Reacting to charges of banditry, he submitted a letter to the major newspapers of Odessa, in which he justifies his often-violent activities and affirms his commitment to the Bolshevik Revolution.

Images of Mishka Yaponchik suggest that the gangsterking shrewdly manipulated his political identity using both his Jewish background and his alleged class consciousness to his advantage. Yaponchik supposedly played a critical role in defending the Jews of the Moldavanka against pogroms during the Civil War, particularly those provoked by Denikin’s Volunteer Army, which laid siege to Odessa in 1919.94 The Odessan Jewish defense forces that were organized by local Zionists saw in Yaponchik a key ally, regardless of his true intentions.The gangster stayed in the Moldavanka to fight the marauders whom Babel’s shtetl Jews could not resist.
Abraham T'homi aptly sums up the Jewish gangster’s elusiveness in his memoirs:
"Exciting news! The Whites were fleeing, and the Mayor of Odessa was negotiating the surrender of the city to the Bolsheviks. We were relieved,but our joy was somewhat marred. It wasn’t our self-defense group that prevented the bloodbath, it was Mishka Yaponchik who did it.
Mishka Yaponchik—the anarchist, the naletchik, the boss of the Moldavanka underworld. And we didn’t even know whether he defied the Whites because he wanted to defend the Jews of Odessa, or because he was in league with the Bolsheviks."

Representations of the Jewish underworld, however, suggest that the Revolution ultimately devoured the gangsters and their inner sanctuary, Odessa’s Moldavanka district. Like the shtetl Jews of Red Cavalry, the armies of Benya Brik (page 2) and Mishka Yaponchik are unable to find space in the nascent Soviet order for their distinct ways of life; the forces of modernization do not need such outmoded remnants of tsarist Russia. Both Mishka Yaponchik and Babel’s bandits decided to “go legal”: they offered to support the Bolsheviks, and in return they expected to have a bright future as Jews with power in a socialist state. When the Revolution turned against them, they fell. But unlike the shtetl Jew, the gangster did not perish in obscurity, as a nameless corpse
discarded by the Revolution. Assassinated by the Cheka in 1919 while commanding his army outside of Odessa,Mishka Yaponchik was allegedly given a first-class funeral nearby in the town of Voznesensk.
In Odessa Stories, Babel captures the Jewish gangster’s posthumous mythologization with the execution of Froim Grach, one of Benya Krik’s principal sidekicks. After the Bolsheviks turn against the gangsters and kill Krik along with many of his troops, Froim Grach approaches the Cheka, hoping to reach some sort of compromise with the Soviet regime. Though unarmed, Grach is nevertheless shot by a Cheka agent, who insists that there is no “use” for such a man in the new order. But a native-Odessan Chekist disagrees and becomes visibly distraught over Grach’s execution, avowing to his colleague that “you’re not an Odessan, you can’t understand what the old man represented.” The Odessan Chekist then takes it upon himself to disseminate the legend of Froim Grach and the world he represented : He pulled himself together and chased away his memories. Then, livening up, he continued telling the Chekists who had come from Moscow about the life of Froim Grach, about his ingenuity, his elusiveness, his contempt for his fellow men, all the amazing tales that were now a thing of the past."
Yids from the Hood:
The Image of the Jewish Gangster from Odessa
Jarrod Tanny





Мурка Народное творчество

מֵאָמוּר לְאוֹדֶסָה כְּנוּפְיָה הִגִּיעָה,
וּבַכְּנוּפְיָה פּוֹשְׁעִים וכוּ'.
בְּחָמָס וּבְעֹשֶׁק הִיא הָיְתָה עוֹסֶקֶת,
הַבּוֹלְשִׁים בְּמַעֲקָב פָּתְחוּ.



וּבִכְנוּפְיָה זֹאת בַּחוּרָה, שְׁמָהּ מוּרְקָה,
אַמִּיצָה הָיְתָה וְעַרְמוּמִית.
עֲבַרְיָן חָמוּר כֹּה גַּם פָּחַד מִמּוּרְקָה,
שֶׁנִּהֲלָה חַיֵּי פּוֹשְׁעִים תָּמִיד.


מַפָּלָה סָפַגְנוּ, מַאֲרָב חָוִינוּ,
אֲנָשִׁים הֵחֵלּוּ נִלְכָּדִים.
אֵיךְ אֶפְשָׁר לָדַעַת, מִי הַחֲפַרְפֶּרֶת,
כַּדֵּי לְהַעֲמִיד אוֹתָהּ לְדִין?



לְעִסּוּקֵנוּ רַצְנוּ וְלִשְׁתוֹת חָפַצְנוּ,
חִישׁ מַהֵר עָלִינוּ לְמִסְעָדָה.
מוּרְקָה נָחָה בְּאֹשֶׁר בְּאַדֶּרֶת עוֹר שָׁם,
וְאֶקְדַּח שׁוֹטְרִים יֵשׁ בְּיָדָהּ.



מוּרְקָה, מַה קָרָה פֹּה? מַה חָסַר לָךְ, רַבָּאק?
שֶׁמָּא לֹא הִלְבַּשְׁתִּי אֵת כֻּלֵּךְ?
טַבָּעוֹת, גּוּרְמֶטִים, חֲצָאִיּוֹת, זָ'קֵטִים
שֶׁמָּא לֹא קָנִיתִי בִּשְׁבִילֵךְ?


אַהְלָן לָךְ מוּרְקָה, אַהְלָן, חַבִּבְּתִּי.
מוּרְקָה, אַהְלָן וְסַהְלָן.
הִיא הָרֵי הִסְגִּירָה אֵת חַבְרֵי הַזּוֹלָה
וְלָכֵן כַּדּוּר בָּרֹאשׁ קִבְּלָה.


Прибыла в Одессу банда из Амура,
В банде были урки, шулера.
Банда занималась темными делами
И за ней следило ГубЧК.



В банде была баба, звали ее Мурка,
Хитрая и смелая была.
Даже злые урки и те боялись Мурки,
Воровскую жизнь она вела.


Вот пошли провалы, начались облавы,
Много стало наших пропадать.
Как узнать скорее, кто же стал шалавой,
Чтобы за измену покарать.



Раз пошли на дело, выпить захотелось
Мы зашли в шикарный ресторан.
Там сидела Мурка в кожаной тужурке,
А из-под полы торчал наган.



Мурка, в чём же дело? Что ж ты не имела?
Разве я тебя не одевал?
Кольца и браслеты, юбки и жакеты
Разве я тебе не добывал?


Здравствуй, моя Мурка, здравствуй, дорогая!
Здравствуй, моя Мурка, и прощай!
Ты зашухерила всю нашу малину
И за это пулю получай.


Шауль Резин

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http://www.youtube.com/watch?v=qvIh58nkdBk

photo: petit "mur des Lamentations", Moscou, 2009.

21.5.10

les Blancs à leur apogée, été 1919
















"Ce 17 juin est un jour remarquable de notre histoire nationale. C'est de ce jour qu'est daté mon ordre à toutes mes armées de marcher sur Moscou."
Anton Ivanovitch Denikine
Антон Иванович Деникин (1872-1947)


" Le pillage et la corruption avaient pénétré profondément tous les secteurs de l'administration. avec un bon pot-de-vin, on pouvait esquiver n'importe quelle disposition gouvernementale. Malgré les immenses richesses naturelles des régions que nous occupions, notre monnaie ne cessait de se dévaluer.(...) Les énormes stocks fournis par les Anglais étaient honteusement dilapidés. L'armée mal ravitaillée se nourrissait exclusivement sur le dos de la population, ainsi grevée d'un fardeau insuppor-
-table.(...)
Les armées du général Dénikine continuaient à marcher à grand pas vers Moscou. Kiev, Koursk, Orel étaient pris. Notre cavalerie se trouvait aux portes de Voronège. Tout le sud de la Russie (...) était aux mains de Dénikine et , chaque jour, nous apprenions de nouveaux succès. Mais, pour moi, il était clair depuis longtemps, et je ne le cachai pas au général en chef, que nous bâtissions sur du sable, que nous embrassions trop pour pouvoir tout étreindre. Notre front était trop grand pour nos forces, nous n'avions ni bases organisées, ni points d'appuis à l'arrière. L'adversaire, par contre, s'en tenait fermement aux principes de la stratégie. Après avoir refoulé sur Tsaritsyne mon armée affaiblie par trois mois de lutte sanglante, le commandement rouge compris que je ne pourrais avant longtemps reprendre l'offensive et concentra ses forces au point de jonction de l'armée des Volontaires et de l'armée du Don. Le général en chef n'avait rien à opposer à cette nouvelle force ennemie.(...) A l'arrière, des révoltes éclataient ; des insurgés, sous les ordres du brigand Makhno, saccageaient les villes, pillaient les trains et les dépôts d'intendance. Dans le pays, le désordre était à son comble. Les autorités locales ne savaient pas se faire respecter. Les abus de pouvoir étaient à l'ordre du jour. La question agraire restait plus embrouillée que jamais. Le gouvernement lui-même ne savait pas trop ce qu'il voulait sous ce rapport."
Pyotr Nikolaievitch Wrangel
Петр Николаевич Врангель (1878-1928)


" Martyrisée par les horreurs du bolchévisme, la population nous supplia de ne pas rendre la ville (Ekaterinoslav) aux Rouges (l'avant-garde des Blancs l'avait occupée presque fortuitement et le haut-commandement jugeait cette occupation prématurée) ; le haut-commandement nous permit alors de conserver la ville. Je n'oublierai jamais mon entrée dans la cité. Les gens étaient à genoux, chantaient "le Christ est ressuscité" et nous bénissaient en pleurant. Les Cosaques et leurs chevaux étaient couverts de fleurs. Vêtu de ses plus beaux habits sacerdotaux, le clergé célébrait partout des Te Deum. Les ouvriers décidèrent de travailler au maximum de leurs possibilités pour l'armée (...). Ils réparèrent des trains et des plates-formes blindées, des canons et des fusils. Les habitants s'engagèrent en masse dans nos troupes. L'enthousiasme était colossal. Comment est-ce que tout cela changea par la suite ?(...). A la joie des premiers jours, après la libération de la région des Bolchéviks, succéda l'incrédulité ou même la haine lorsque l'arrivée de l'administration blanche et le retour de la meute des propriétaires terriens, assoiffés de vengeance, eurent produit leurs effets.(...)
Les masses populaires, qui avaient ressenti dans leur chair le mensonge grossier des promesses bolchévistes et qui étaient éveillées politiquement, voulaient voir en l'armée des Volontaires une force progressiste anti-bolchévique et non contre-révolutionnaire. Le programme de Kornilov était clair et compréhensible ; au fur et à mesure des succès (...) son programme devenait de plus en plus vague et brumeux.(...) Même nous, les commandant supérieurs, ne pouvions maintenant répondre à la question : quels étaient les traits fondamentaux du programme de l'armée des Volontaires ? (..) C'est amusant de le dire, mais il nous fallait chercher l'idéologie blanche dans les conversations et discours prononcés à table par le général Dénikine à telle ou telle occasion ; la simple comparaison de ces "sources" pouvait convaincre de l'instabilité des conceptions politiques de leur auteur qui, par son scepticisme et sa prudence ultérieurs, annulait progressivement ses premières promesses.(...). Des bruits couraient sur des projets rédigés à l'ombre des cabinets, mais à nous, qui oeuvrions sur place et qui nous heurtions constamment à la perplexité et aux déceptions de la population, personne ne nous demandait rien et l'on se fâchait même contre nous si nous soulevions ces questions."
Andrey Grigorievitch Chkouro
Андрей Григорьевич Шкуро (1887-1947)
traduit par A.Skirda

18.5.10

La commissarocratie


















"La délégation qui s'est rendue à Kharkov pour prendre contact avec le gouvernement provisoire d'Ukraine (bolchévique) fait son rapport. Au cours du débat qui suit le camarade Tchernoknijny (délégué du district de Novopavlosk) fait remarquer : "Le rapport nous apprend la formation récente en Ukraine d'un gouvernement bolchévik-communiste , lequel s'apprête à monopoliser les soviets (...). Pendant que vous, paysans, ouvriers et insurgés, conteniez la pression de toutes les forces contre-révolutionnaires, ce gouvernement a attendu, assis à Moscou, puis à Koursk, que les ouvriers et paysans d'Ukraine libérent le territoire des ennemis.
Maintenant que l'ennemi est battu apparaît chez nous un gouvernement se qualifiant de bolchévique, qui veut nous imposer sa dictature de parti. Est-ce tolérable ?..Nous sommes des insurgés sans parti, qui nous sommes révoltés contre tous nos oppresseurs, nous ne tolèrerons pas un nouvel asservissement, de quelque parti qu'il vienne."
Un autre délégué, le paysan Sérafimov, déclare : "Devant nous se dresse déja un nouveau danger -le danger d'un parti, des bolchéviks qui déjà forgent à notre intention de nouvelles chaînes étatiques. Le gouvernement bolchévik s'efforce de nous persuader qu'il sert les intérêts des ouvriers et paysans, qu'il apporte l'émancipation aux travailleurs...Mais pourquoi alors aspire-t-il à régner sur nous d'en-haut, à partir de ses cabinets ministériels ?
Nous savons par nos frères russes quelle révolution accomplissent les Bolchéviks...Nous savons que là-bas le peuple n'est pas libre, que l'arbitraire du parti, le chaos bolchévik et la violence de la commissarocratie y dominent. Si ce parti tente de nous apporter en Ukraine de telles "libertés", nous devons alors déclarer à haute voix que nous n'avons pas besoin d'un tel sauveur et maître, que nous n'avons nul besoin de dictatures, que nous saurons aménager nous-mêmes notre nouvelle vie."
Le bolchévik Karpenko intervient, mais son discours est sans cesse interrompu. Quand il déclare : "La dictature du prolétariat sur la bourgeoisie doit être instaurée", une voix lui répond : "Pour l'instant nous ne voyons que la dictature des Bolchéviks sur les anarchistes et les socialistes-révolutionnaires de gauche".
Vérételnikov apporte l'intéressante information suivante : "En 1905, lorsque l'atmosphère était si écrasante, un groupe d'anarchistes s'est organisé ici, à Gouliai-Polié ;
son existence se fît bientôt connaître lorsque le camarade Alexandre Séméniouta, dont le nom était familier à peu de monde jusqu'alors, périt dans un combat contre la police. Le camarade Makhno fut arrêté et, avec d'autres nombreux révolutionnaires, envoyé au bagne, où il a passé dix années entières. Après le renversement de l'autocratie, Makhno revint à Gouliai-Polié."
Makhno déclare : " Une fois le pouvoir tombé aux mains du peuple laborieux, sous la forme des soviets librement élus, les choses évoluèrent rapidement...Le parti bolchévik étendit son monopole sur eux et commença à épurer les soviets révolutionnaires et à persécuter les anarchistes,(...) ceux qui, hier encore, étaient pourchassés et persécutés avec eux n'ont pas reconnu maintenant leurs camarades de lutte. Jusqu'à aujourd'hui, nous sommes témoins du pouvoir brutal et de la violence répressive des bolchéviks contre le peuple laborieux qui n'en peut plus."
Tcherniak ajoute : "Beaucoup d'honnêtes révolutionnaires, qui ont connu les geôles, les prisons et le bagne sous le tsarisme, remplissent de nouveau maintenant les prisons de Russie"

compte rendu du II-ème congrés régional
du 12 fevrier 1919 à Gouliai-Polié,
repris dans la revue "La pensée russe"
à Sofia en janv-fev 1921

traduit par A.Skirda




la Makhnovtchina

Par les monts et par les plaines
Dans la neige et dans le vent
A travers toute l'Ukraine
Se levaient nos partisans

Au printemps les traités de Lénine
Livraient l'Ukraine aux allemands
A l'automne la Makhnovtchina
Les avait jetés au vent

Makhnovtchina Makhnovtchina
Tes drapeaux sont noirs dans le vent
Ils sont noirs de notre peine
Ils sont rouges de notre sang

L'armée blanche de Dénikine
Entre en Ukraine en chantant
Mais bientôt la Makhnovtchina
L'avait dispersée au vent

Makhnovtchina Makhnovtchina
Armée noire de nos partisans
Qui combattaient en Ukraine
Contre les rouges et les blancs

Makhnovtchina Makhnovtchina
Ceci est ton testament :
Tu voulais chasser d'Ukraine
A jamais tous les tyrans


archives photos

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http://www.youtube.com/watch?v=H1aYxFTOkZQ

16.5.10

les Rouges

siège du FSB, Moscou

Au cours de l'année 1918 l'insurrection paysanne se développe en Ukraine à grande échelle. Les "partisans", dont ceux très bien organisés de Nestor Makhno tiennent à distance les cosaques des armées blanches de Dénikine et harcèlent sans répit les Allemands et les Austro-hongrois jusqu'à ce que ceux-ci, après la signature en novembre de l'armistice sur le front occidental évacuent complètement le pays.
Les troupes bolchéviks pénètrent en Ukraine, partie intégrante de la Russie pour Lénine, fidèle à la tradition impériale, et tenteront de soumettre et d'intégrer dans leurs divisions, en vain tout au long de la guerre les insurgés anarchistes qui constituent ce vaste mouvement révolutionnaire et authentiquement héroique, la "Makhnovtchina".


"Conformément à leur vieux catéchisme, les Bolchéviks ne considèrent comme prolétaires que les ouvriers d'industrie,(...); les paysans sont essentiellement conservateurs, n'aspirant qu'à devenir petits propriétaires et à cultiver eux-mêmes leurs lopins de terre, porte ouverte, selon Lénine et les siens, à une production capitaliste petit-bourgeoise (dans la constitution du régime adoptée en 1918 la voix d'un citadin équivaut à celle de cinq campagnards..).
Par ailleurs, les difficultés de ravitaillement en ville ont conduit près de huit millions de personnes à venir s'installer à la campagne ; masse malléable et disponible car ne disposant pas de terre. C'est à ces déracinés que les Bolchéviks vont destiner les grands domaines fonciers expropriés, et ce au détriment de la paysannerie locale désireuse de les partager afin d'accroître ses lots exigus de terre. Les citadins -paysans sans terre- vont être baptisés "paysans pauvres" et organisés en comités -les Kombéd- représentant ainsi la nouvelle assise du pouvoir (...) et encouragés à confisquer les biens et produits des paysans "koulaks", en fait de la grande masse de la paysannerie, puisque les vrais "koulaks" ont été soit éliminés déjà en 1917-1918, soit ramenés à une situation plus modeste par les insurgés.
Alexandre Skirda, "Nestor Makhno, le cosaque libertaire"


"Ne cherchez pas à vous demander si les prévenus ont ou non conspiré contre le pouvoir soviétique, en armes ou verbalement. Vous devez leur demander en premier lieu à quelle classe appartiennent-ils, de quelle origine sociale sont-ils, quel est leur degré d'instruction et quelle est leur profession ? Ces questions doivent décider du sort
(int.-18 ans) des prévenus. C'est là le sens et la nature de la Terreur Rouge."
Latzis,président de la Tchéka de Kiev,
dans la revue "la Terreur Rouge", 1-er nov.1918.


"Dans l'ensemble, les premiers jours étaient si calmes que la population commençait à bénir le régime soviétique qui mettait fin à une période trouble. Bientôt, cependant, il fallut faire connaissance avec le revers de la médaille. Le cinquième jour, la Tchéka arriva de Kharkov et se mit avec zèle au travail. Des arrestations sans fin et des fusillades sans jugement commencèrent à devenir la routine. On arrêtait tous ceux qui étaient d'anciens partisans de Petlioura. Beaucoup furent fusillés séance tenante, dès le premier interrogatoire, bien souvent par erreur. Bientôt, il n'y eut plus une seule famille de l'intelligentsia de la ville qui n'eût un de ses membres arrêté. On ne donnait aucun renseignement à ceux qui s'inquiétaient de leurs proches ; la Tchéka était gardée par une double chaîne de soldats ne laissant passer personne...L'activité de la Tchéka domina tellement la vie locale qu'elle fit passer tout à fait inaperçu le pouvoir, organisé en hâte, du présidium du soviet des ouvriers de la cité.
Or, l'habitant ressentit bientôt les effets de ce pouvoir-là aussi, avant tout dans la question du ravitaillement. Après la création d'un commissariat du Ravitaillement, à Ekatérinoslav, les réserves se mirent à fondre de manière sensible. Le marché, qui était jusque là toujours abondamment fourni (même tout de suite après les combats), devint rapidement désert. Les prix grimpèrent de jour enjour à une allure folle (...).Les causes de ce phénomène étaient des plus simples. Le commissariat du ravitaillement s'était mis à combattre énergiquement la liberté du commerce, après avoir distribué à la population des cartes de ravitaillement contre lesquelles, néanmoins, on ne put obtenir aucun produit. Ekaterinoslav fut encerclée de détachements de contrôle, confisquant impitoyablement tous les produits des paysans que ceux-ci tentaient d'amener en ville. Entre temps, les immenses réserves de ravitaillement de la ville furent vite achetées ou accaparées par toute sortes de détachements de réquisition affluant des villes du nord (de la Russie). A l'aide d'un tel système, la ville, naguère si riche en ravitaillement grâce à la fertilité de sa région, fut vite transformée en un désert affamé.
G.Igréniev, habitant d'Ekaterinoslav
(actuelle Dniepropetrovsk-Днепропетровск)

14.5.10

Occupation de l'Ukraine, mars 1918

Cologne, Germany

Le 3 mars 1918 Lénine signe le traité de Brest-Litovsk avec l'Allemagne et ses alliés (Autriche-Hongrie, Turquie et Bulgarie).La Russie cède la Pologne, la Finlande, l'Ukraine, les pays baltes, des territoires cédés à la Turquie... La Russie d'Europe se trouve ramenée à ce qu'était le grand-duché de Moscovie avant l'avènement d'Ivan le Terrible au XVIe siècle.
Un corps expéditionnaire austro-allemand s'installe en Ukraine,à Kiev, et place l'Hetmann (contraction de Hauptmann) Skoropadsky au pouvoir.

"Le lendemain , je remarquai à la gare un changement extraordinaire. La gare de Kiev était depuis 1914 délabrée, abandonnée, d'une saleté irrémédiable (...) Des équipes de soldats y lavaient tout à coup les planchers, y peignaient les murs, y accrochaient des écriteaux allemands tout neufs. Une odeur de savon et une atmosphère d'ordre miraculeux y régnaient. Les gens regardaient ce bouleversement avec stupeur. On avait vu bien des choses pendant la révolution, mais rien d'aussi surprenant que ce nettoyage ! (..) Kiev se ressentit de cet dictature de l'ordre : nos maîtres mêmes vinrent en classe proprement rasés"
Alexandre Barmine
Александер Бармин (1899-1987),diplomate,
refuse de regagner l'URSS en 1937, émigre aux USA.


Les féodaux ukrainiens, liés aux Polonais, et la bourgeoisie locale rallient le nouveau régime qui leur restitue les terres confisquées par les paysans des soviets "verts" de Makhno et par d'autres armées insurrectionnelles qui s'étaient formées dès février 1917 :

"Les troupes allemandes et autrichiennes ayant pénétré en Ukraine, leur commandement eut à choisir l'attitude qu'il adopterait à l'égard de la mainmise révolutionnaire sur les terres des Pomiéchtchikis. Comme la principale préoccupation des Centraux (Allemagne,Autriche-Hongrie) était de drainer à leur profit les réserves de l'Ukraine, tandis que l'établissement d'une paix sociale équitable les laissait parfaitement indifférents, ils préférèrent se porter du côté de la bourgeoisie, et surtout des gros propriétaires fonciers. Envers les Pomiéchtchikis, les autorités d'occupation non seulement se montrèrent conciliantes et bienveillantes, ne leur faisant sentir en rien le poids de leur domination, mais elles s'évertuèrent même à leur être agréable par tous les moyens. Les propriétaires fonciers tenaient par-dessus tout à rentrer dans leur droit de propriété que la révolution leur avait enlevés. Ce fut, de toute l'histoire de la guerre civile, un des épisodes les plus honteux. Il faut le dire franchement : leur conduite envers les paysans fit que le processus de pénétraiton de la révolution, qui avait subi un temps d'arrêt, reprit de plus belle dès que les troupes germaniques eurent quitter le territoire. Bien des propriétaires ne se bornèrent pas à se réinstaller sur leurs anciennes terres, mais , secondés par les soldats allemands et autrichiens, ils se mirent à prendre aux paysans terres et biens. Leurs expéditions de représailles dépassèrent en cruauté et en cynisme les fameuses expéditions de l'époque tsariste, d'autant plus que les officiers autrichiens et allemands qui commandaient ces détachements prélevaient des tantièmes sur le butin. Ainsi, un détachement arrivait dans un village ; sur les indications du Pomiéchtchikis de l'endroit, une note collective était présentée aux paysans, exigeant la restitution de telle quantité de bétail, d'outillage, de mobilier,etc.; la rafle faite, l'officier allemand ou autrichien touchait 10 à 20% de la valeur des biens "restitués". Il va de soi que les militaires germaniques, élevés dans le mépris le plus profond du peuple russe, appréciaient fort ces sources de revenus et ne s'arrêtaient devant aucun procédé, si brutal fût-il, propre à les activer.(...)
Les expéditions de représailles procédaient à coups de pendaisons et de fusillades. Les exécutions se passaient de toute espèce de procédure ; la rancune des propriétaires ne s'en souciait nullement et les officiers germaniques renonçaient volontiers à la comédie de justice. On fusillait, on pendait sans aucun jugement, souvent même sans se donner la peine de vérifier l'identité du "prévenu". Il suffisait que le propriétaire ou son régisseur déclarât que tel paysan avait pris part à la confiscation des terres pour que le "coupable" fût aussitôt exécuté.
On s'imagine facilement quelle rancune s'accumulait dans l'âme des paysans ukrainiens, quelle haine et quelle vengeance ces barbares exécutions soulevaient contre les proprétaires. Impuissants contre la force armée dont disposait leurs oppresseurs, les paysans pliaient et souffraient dans l'attente de la revanche."
Jean Xydias,"l'intervention française en Russie", 1927.

11.5.10

Les Blancs

" Tout au long de la guerre civile, la population a également souffert des Rouges et des Blancs, mais parfois nous avons dépassé notre adversaire par l'ampleur des excès et des pillages, dans la mesure où la discipline était plus sévère chez les Rouges. Cela fut particulièrement vrai sur le théatre sibérien des opérations militaires, où, sous la coupe de l'amiral Koltchak- de façon paradoxale mais hélas tout à fait explicable-, des monstres comme l'ataman Semionov purent se déchainer en toute impunité. Les Rouges, sous cet angle, se montrèrent plus intelligents et plus clairvoyants : impitoyables avec les "contras"de toutes sortes, ils comprenaient qu'il fallait de temps à autre s'arranger avec le simple citoyen, dans la mesure où ce dernier constituait 90% de la population du pays qu'il fallait conquérir.
Les Rouges étaient animés par la simple arithmétique augmentée par une conscience de classe : pour l'essentiel, de leur côté du front c'est la bourgeoisie et l'intelligentsia qui souffrirent de toutes leurs mesures répressives et de leurs réquisitions; or ces catégories étaient quantitativement négligeables et ne bénéficiaient d'aucune sympathie dans le petit peuple. Mais nous,nous humilions, nous fouettions à coup de baguette de fusil et nous pendions- à peu près dans la même quantité- des représentants de la majorité ouvrière et paysanne. Le petit peuple ne compatissait pas avec les victimes de la terreur rouge; leur destin lui était indifférent et dans sa mémoire les pendeurs ce furent les Blancs."
un adjudant de Wrangel


" Malgré la présence du quartier général, les officiers, ceux qui y passaient comme ceux de l'arrière, avaient une conduite incroyablement dissolue, s'énivraient, faisaient du scandale et jetaient l'argent par les fenêtres. Le colonel Andrey Chkouro avait une conduite encore plus inacceptable que les autres. Il avait amené avec lui à Ekaterinodar sa division de partisans, qui se dénommaient "les loups" et portaient des bonnets de loup, avec des queues de loup sur leurs étendarts. Les partisans de Chkouro ne constituaient pas une unité de l'armée, mais rappelaient tout à fait la bande de Stenka Razine. Souvent la nuit, après leur beuverie, le partisan Chkouro arpentait les rues de la ville avec ses loups en chantant, en hullulant, en tirant. Revenant un soir à mon hôtel, j'aperçus un attroupement rue Krasnaia. Sous les fenêtres, sur le trottoir, des trompettistes jouaient et des cosaques dansaient. Un peu plus loin, quelques loups tenaient des chevaux par les rênes. Je demandai ce qui se passait. On me répondit que le colonel Chkouro "faisait la noce". L'hotel militaire où nous résidions était souvent le lieu d'une débauche débridée.
Vers onze heures du soir ou minuit arriva une horde d'officiers éméchés, la salle commune retentissait des chants folkloriques de la division de la garde et ces gens faisaient bamboche sous les yeux du public. L'une de ces ripailles, sous la houlette du général Pokrovsky, s'acheva tragiquement. Un officier du train abattit un officier de la division tatare d'un coup de révolver. Tous ces désordres se produisaient sous les yeux du quartier général du commandant en chef, toute la ville en était informée, mais en même temps rien n'était fait pour arrêter cette débauche."
Pyotr Nikolaievitch Wrangel - Петр Николаевич Врангель (1878-1928)


" Lorsque le train de Mai-Maievsky arriva à la gare de Soumy, toute l'aristocratie de la ville l'attendait. Le prêtres étaient allés accueillir leur libérateur en portant des croix, les dames et leurs enfants en brandissant des bouquets de fleurs. Pendant longtemps personne ne sortit de son wagon devant lequel s'était massé le public ; finalement, une bouteille de vodka vide vola par la fenêtre ouverte, où apparut ensuite la trogne rouge du général, qui martela : "Salut les gars de Kornilov ! ", après quoi il se dissimula à nouveau. Inutile de préciser qu'il n'y avait là aucun kornilovien puisque Kornilov était mort deux ans plus tôt. Mai-Maievsky l'avait sans doute oublié.."
le monarchiste Savitch-Савитч

trad. A.Skirda


les Cosaques I,II
l'exil des Blancs
les Russes en Corse

10.5.10

1918, les trains blindés

" A son premier stade, la guerre civile suivait le tracé des lignes de chemins-de-fer et les grands centres urbains. Les distances énormes de notre république exigeaient que l'on puisse transférer rapidement les troupes, dès lors collées aux voies ferrées et aux trains. Vu leur petit nombre, les unités n'avaient pas besoin d'un champ de bataille pour se déployer ; les combats se déroulaient autour des convois, on poursuivait l'adversaire en train et on reculait aussi en train. Les combats visaient à s'emparer des grands centres (personne ne cherchait à prendre des agglomérations plus petites que les capitales provinciales à l'exception des noeuds ferroviaires), ce qui nous liait encore à la voie ferrée(...).
Cela explique le grand rôle joué par les trains blindés dans les deux camps en présence, vu le nombre insuffisant de trains blindés bien équipés, on en installait de nouveaux de façons primitives : on montait des canons et des mitrailleuses sur les plates-formes, on protégeait les bords avec des sacs de sable, des rails, des traverses, etc. Ces trains blindés se réduisaient en fait à des batteries mobiles mal protégées et, vu l'absence de formation des servants, plutôt inoffensives. Mais le grondement sourd des canons, l'explosion des obus et les crépitement de la mitrailleuse agissaient psychologiquement sur le garde rouge, non habitué à la guerre. C'était là leur principale qualité.
Bref, c'est surtout le bruit qui compte, en donnant confiance aux gardes rouges, constitués d'ouvriers sans formation militaire, armés en hâte d'un fusil que parfois ils ne savent même pas manier et qui constituent pendant quelques mois la seule force armée, faible et désorganisée, du gouvernement révolutionnaire.
La tactique se réduisait en général à un shéma simple : le train blindé se portait en avant, suivi de plusieurs convois ; dès qu'il arrivait à une gare, il ouvrait le feu sur le train blindé de l'adversaire ou sur la station. Puis les convois arrivaient, les gardes rouges sautaient des wagons et partaient à l'assaut alignés sur un ou deux rangs, sans réserves derrière eux ; l'adversaire lui non plus ne savait pas manoeuvrer, il agissait de la même façon ; et les cas d'attaques de flanc ou sur l'arrière de l'adversaire étaient rares. D'ordinaire, après avoir tiraillé quelques temps, l'une des deux parties se repliait jusqu'à la gare suivante, jusqu'à un noeud ferroviaire ou une ville. Souvent l'audace d'un individu entrainait les autres à l'assaut ; le combat était très confus et les pertes légères."
Vitaly Primakov - Виталий Ппримаков


" Au dépôt je trouvai de vieilles plates-formes et une petite locomotive, accrochée à un train blindé qui avait déjà déraillé, chacune de ses pièces attendant une réparation complète. En une heure, le train blindé fut constitué. Je l'examinai, hochai tristement la tête et allai expliquer à Zatonsky que le train blindé était inapte à des opérations militaires. Zatonsky me répondit :
- Pas grave. Il n'y aura pas à se battre. Notre tâche est de sortir les familles ouvrières. Notre train blindé doit juste produire un effet sur le moral, c'est tout.
- si c'est juste pour effrayer les autres, ça va, mais il ne supportera pas un combat. Il peut même se disloquer en route...
- Et bien il se disloquera, répondit Zatonsky en riant."
Fiodor Fomine,"Notes d'un vieux tchékiste",1964.


6.5.10

Ukraine,1918










" Il y avait souvent des malentendus lors de la rencontre de nos détachements avec les énormes convois paysans qui s'étalaient du district de Tchernigov vers le sud et en sens inverse, et que l'on prenait pour des convois militaires de Blancs. Le cavalier rouge qui déployait son escadron pour l'attaque sans reconnaissance préalable se sentait bien embarrassé quand, après avoir galopé jusqu'au convoi, il se heurtait à l'air éperdu des "pépés". Les convois qui descendaient du nord étaient souvent chargés de vaisselle d'argile, à échanger contre du sel quelque part au-delà de Romny et de Loubny. D'ordinaire,les pépés ne savaient pas exactement où trouver ce sel et se fiaient aux indications des guides de convois déjà chargés de sel qu'ils croisaient. De notre côté, nous nous heurtions parfois à des campements entiers de familles qui fuyaient les provinces occidentales de l'ancien empire, après avoir vendu tous leurs biens et acheté une simple rosse et une calèche déglinguée pour rejoindre une chaumière ou une cahute d'un domaine seigneurial de leur pays natal.
Ces hommes accablés de malheur ne comprenaient pas la lutte qui se déroulait sous leurs yeux. Ils n'y prenaient pas part. Ils cherchaient simplement à fuir le front de la guerre impérialiste, et à défendre leur rossinante et leur calèche contre les armées blanche ou rouge qui tentaient de les leur confisquer afin d'assurer leur charroi. Ils devaient repousser toutes les tentatives des Verts (les déserteurs des armées de la guerre civile, cachés dans les forêts) de leur arracher le barda qu'ils avaient pu sauver. C'est pourquoi ils vivaient et se déplaçaient par campements entiers d'habitants d'un district ou d'un village. Ces concentrations étaient particulièrement massives aux gués des rivières. Lorsque nous les rencontrions, ces fuyards manifestaient leur joie devant la retraite des Blancs et une crainte timide que les Rouges ne leur prennent leurs chariots. Ils nous renseignaient volontiers sur la situation de l'adversaire et la direction dans laquelle il reculait.
Le district grouillait comme une fourmillière. Les uns se battaient, les autres échangeaient et commerçaient, les troisièmes, protégeant leur barda, se hâtaient vers une patrie inconnue, tandis que les quatrièmes cherchaient la trace de leur foyer perdu. Au milieu de ce tourbillon, chaque chaumière exposait son typhique cloué à son banc. "
Serguei Mejeninov-Сергей Меженинов
(1890, fusillé en 1937)

Ukraine, janvier 1919

"Les garnisons allemandes évacuées en hâte vers l'Allemagne laissaient passer l'armée insurrectionnelle (les Rouges) sans opposition et lui fournissaient leur surplus d'armement, et même parfois tout leur armement. Des soviets de députés-soldats se formaient dans les unités allemandes et discutaient avec l'armée insurrectionnelle.(...)
Des milliers de partisans se fondaient dans ses régiments ou formaient de nouvelles unités. Les divisions se gonflaient pour constituer une force énorme; il y avait de 1 000 à 1 500 baionnettes dans les régiments, flanqués de puissantes équipes de mitrailleurs. La seule faiblesse était l'absence d'artillerie, mise sur pied en tout hâte.
La tactique de cette masse de fantassins et les plans du commandement étaient extrèmement primitifs : seules les villes étaient un enjeu de la lutte; les villages et les bourgades situés entre les villes constituaient eux-mêmes leur pouvoir soviétique et n'exigeaient pas de soutien armé des troupes. Le commandement de l'armée indiquait à une division la direction d'une ville de rang provincial, le commandant de la division envoyait un ou deux régiments sur la ville et l'offensive commençait (...).
En s'approchant de l'adversaire, le commandant alignait son régiment sur 2 ou 3 rangs, gardait un bataillon en réserve et ordonnait ; "La ligne en avant !" Les commandants de compagnie répétaient l'ordre et la ligne s'avançait : "En avant !" C'était le seul ordre bien connu de tous et donné avec assurance. Le 19 janvier, la 2-ème division prit Poltava ; à la fin de janvier, la 1-ère division prit Kiev, la 2-ème Krementchoug et Dybenko prit Ekaterinoslav et le Donbass (...).
Fin janvier, des réformes significatives furent apportées dans l'armée insurrectionnelles. Les divisions furent organisées sur le type des états-majors russes et la qualité des collaborateurs fut améliorée. Certains commandants de régiment furent révoqués pour banditisme. Dans les régiments fut instauré l'institut des commissaires politiques et des sections politiques crées dans les divisions. Les commandants de régiments qui n'en faisaient qu'à leur tête furent limogés ou fusillés (...)
Sur la ligne du Dniepr, l'armée insurrectionnelle entra en contact avec les atamans Grigoriev, Makhno et autres. Le gouvernement dut tenter d'empêcher l'armée d'être infectée par l'esprit de Makhno et de Grigoriev, tâche qui reposait entièrement sur le jeune encadrement politique de l'armée, qui organisait le travail d'agitation et sur celui de la Tchéka, en éduquant les troupes et en fusillant les atamans les plus hostiles ."


Vitaly Primakov,Виталий Примаков
(1897, exécuté en 1937, réhabilité en 1957)

3.5.10

Ukraine, juin 1919



"Une nuit de juin 1919,au lendemain de l'insurrection de Grigoriev, à quatre heures du matin,on réveille Zatonsky : un des régiments envoyé contre l'ataman (Grigoriev) s'est révolté en chemin.
" A Berditchev, Kazatine et Fastov, ils ont liquidé la Tchéka et les tchékistes. Et en cet instant ce régiment, installé à Fastov, hésite enfin sur sa conduite ultérieure : continue-t-il son chemin vers le sud, vers Grigoriev, ou revient-il vers Kiev et là "régler leur compte à la Tchéka et à la commune ?" Or, ajoute Zatonsky, à Kiev nous ne disposions d'aucune force sérieuse susceptible d'être envoyée contre ce régiment.Restait à utiliser les arguments de la raison et de la persuasion.On me propose d'aller à Fastov, pour tenter au moins de retenir le régiment par la discussion en attendant de pouvoir organiser ici quelque chose pour les affronter si on ne réussit pas à les convaincre de continuer dans la direction initiale. Je vais à la gare en pleine nuit. Je m'installe dans un wagon. Une puissante locomotive traîne derrière elle ce wagonnet de service qui tangue comme la queue d'un chien et menace de sortir des rails à chaque tournant. Je me sens plutôt mal à l'aise. A l'aube, j'arrive à Fastov (...)
Malgré l'heure précoce, la gare grouille de soldats portant les tenues les plus variées ; un soldat pieds nus, un fusil au canon scié pour le rendre plus léger sur l'épaule, porte même un chapeau melon. Les soldats avaient déjà remarqué mon train. Ils se jettent sur le wagon, des cris fusent, sur un ton que l'on ne peut vraiment qualifier de joyeux : " Le commissaire est arrivé !" L'arrivée d'un membre du gouvernement ne suscite pas d'enthousiasme. La plupart des soldats ont la carabine en main (...)
J'appelle le commandant du régiment et lui propose, vu le crachin qui tombe, de rassembler immédiatement les gars dans un bâtiment afin de discuter un peu. Dix minutes plus tard, le meeting commence dans un théâtre d'Etat situé près de la gare. La Tchéka a été effectivement liquidée. Non loin de la gare, le cadavre de l'un des tchékistes fusillés traîne sur le sol. L'état d'esprit du régiment est très clair : le flou et la confusion règnent dans ces têtes paysannes. Ils sont bien entendu pour le pouvoir soviétique et sont tous bolchéviques ; ils craignent un peu la commune (la ferme collective), mais ne sont pas, dans l'ensemble, très remontés contre elle. Dans le régiment, il y a des communistes, des partisans comme tous les autres, qui les considèrent comme leurs bons copains.
Le commandant du régiment, l'ataman qui l'avait organisé, si étrange que cela paraisse (mais c'était fréquent), ne commandait pas son régiment : c'était ce dernier qui le commandait. Ou, plus exactement, ce commandant était entièrement au pouvoir de la foule qui l'entourait et dont il ne s'émancipait pas. Par son niveau de compréhension, il ne se distinguait pas assez de la masse générale et l'état d'esprit des paysans qui l'entouraient avait une trop grande influence sur lui. Ce n'était pas du tout un contre-révolutionnaire ; il avait même tenté de freiner les excès de son régiment,qu'il avait essayé d'envoyer contre Grigoriev. Et c'est lui qui avait averti Kiev que son régiment n'était pas sûr, mais, si le régiment avait décidé de marcher sur Kiev, il aurait marché avec lui (comme ce Tsigane qui, dans un conte populaire, se pend pour faire comme les autres !)."
Vladimir Zatonsky
(1888-fusillé en 1938, réhabilité en 56)