12.6.10

Nestor Makhno, l'exil, 1921












"Le fameux bandit Makhno a traversé le 28 août la frontière bessarabienne près de Monastyrievka avec une bande de ses adhérents cherchant refuge sur un territoire qui de fait se trouve sous le pouvoir de la Roumanie. Ce bandit, chef de troupes de brigands, a commis de nombreux crimes sur le territoire de la Russie et de l'Ukraine, en incendiant et pillant les villages, en massacrant la population paisible et en lui extorquant les biens par les tortures. Voilà pourquoi les gouvernements russe et ukrainien adressent au gouvernement roumain la requête formelle de leur livrer comme des criminels ordinaires le chef de troupes de brigands mentionné avec ses complices."
recueil des documents officiels d'après les livres rouges ukrainiens, berlin, 1922

" J'ai bien reçu votre radio du 17 courant et je ne peux pas être d'accord ni avec sa forme, ni avec son contenu. Si des criminels ont réellement cherché refuge sur le territoire du royaume roumain vos autorités judiciaires peuvent réclamer que ces personnes soient livrées, et bien qu'il n'existe pas entre nos pays de convention à ce sujet, le gouvernement roumain pourrait tout de même, sur la base de réciprocité, donner suite à une pareille requête. Mais à cet effet il faudrait agir en conformité avec les normes du droit international, c.a.d, il faudrait envoyer un ordre d'arrestation émanant de l'institution judiciaire compétente invoquant les articles du code pénal applicables aux criminels. En outre, il fallait donner le signalement exact des criminels. Vu qu'il n'existe pas en Roumanie de peine de mort, il faut, en outre, que vous vous engagiez d'une façon formelle à ne pas appliquer la peine de mort aux personnes extradées. Quand ces conditions seront remplies, le gouvernement roumain examinera l'affaire du bandit Makhno et de ses complices, et décidera s'il y a lieu de donner suite à la demande d'extradition."
27 sept 1921
général Averesco, chef du gouvernement roumain

"La réponse donnée le 27 septembre par le chef de votre gouvernement, le général Averesco, sur notre demande de nous délivrer le bandit Makhno et les complices qui l'accompagnaient, représentait plutôt une déclaration de principe juridique qu'une communication de caractère pratique, et ne nous éclaircit pas sur la situation réelle de cette affaire. Cette déclaration ne contient même pas une confirmation de la présence de Makhno en Roumanie. Aussitôt que seront rassemblés les matériaux nécessaires et remplies les formes juridiques demandées par vous, on vous communiquera les résultats.
Cependant, les gouvernements russe et ukrainien considèrent que les procédures formelles n'ont qu'une importance secondaire et s'effacent entièrement devant le fait qu'une bande de criminels qui a terrorisé pendant longtemps la population paisible de l'Ukraine a trouvé refuge sous la protection du gouvernement roumain. La minutie juridique montrée dans ce cas par le gouvernement roumain n'a pas toujours été caractéristique de sa conduite, même lorsqu'il s'agissait des faits plus importants comme, par exemple, en ce qui concerne l'observation du traité." (l'union de la Bucovine et de la Bessarabie avec la Roumanie fut ratifiée à l'occasion de la Conférence de la Paix qui a abouti au traité de versailles (1919). Mais l'URSS ne reconnut pas ces traités et revendiqua la Bessarabie durant tout l'entre-deux guerres.wikipédia)
Чичерин Георгий Васильевич-Tchicherine Georgy vassilievitch (1872-1936)
carte animée -flash animation




" Le communisme auquel nous aspirions suppose qu'il y ait la liberté individuelle, l'égalité, l'auto-gestion, l'initiative, l'abondance...Nous avons exprimé nos idéaux dans nos "Déclarations". Nous avons eu la possibilité et nous avons essayé de construire une société sur des principes libertaires de non-violence, mais les Bolcheviks ne nous ont pas permis de la réaliser. Ils ont transformé la lutte des idées en lutte contre les hommes. Tout l'appareil étatique, hai par le peuple, avec ses fonctionnaires et ses prisons etc., non seulement n' a pas été liquidé, mais seulement réorganisé. Les bolcheviks ont proclamé la violence comme leur seul droit.
Les fondements de la société que les bolcheviks-communistes ont instaurée, après avoir éliminé tous les autres partis et tous leurs concurrents, n'ont rien en commun avec le communisme. Chez eux, c'est une secte fermée à demi-militaire de "soldats de Marx", avec une discipline aveugle et des prétentions à l'infaillibilité, sans contestation possible, se donnant pour but la création d'un état totalitaire sans libertés ni droits pour les citoyens, et qui propage un racisme idéologique original. Il partage les gens entre "les leurs" et "les autres". Beaucoup de ces aspects présentent un caractère absurde. Ils privent les travailleurs de toutes leurs illusions d'une vie meilleure, ils construisent une société policière, la plus misérable, la plus injuste, d'où sera exclue la joie du travail, de la création, de l'esprit d'initiative.
Leurs expérimentations n'auront pas de fin, ils se coopteront entre gens de même acabit, le pouvoir se répandra par générations de démagogues et dictateurs irresponsables. Ils règneront et, au moyen des prisons et de la contrainte, ils obligeront les travailleurs à s'échiner pour un verre de lait caillé...ils détruiront tout et élimineront tous ceux qui ne seront pas au gré du parti ou en accord idéologiquement...Ils développeront un système astronomique de châtiments...Les gens ne penseront plus qu'à survivre dans ces conditions effroyables d'anéantissement. Mais cela ne saurait durer éternellement. Le renforcement du pouvoir amènera inéluctablement à la rupture complète tant morale que d'idées entre le personnel de commandement et les travailleurs...Camarades ! Soyez vigilants, ne jetez pas les armes, elle vous serviront bientôt de nouveau ! Ne faites pas confiance aux bolcheviks ! Nous nous séparons avec le sentiment du devoir révolutionnaire accompli. Vivent la solidarité et l'union des travailleurs ! Vive la troisième révolution sociale ! Merci à vous tous pour tout !
17 juillet 1921
Nestor Makhno (1888-1934)

traductions de
A.Skirda


J'aurais dit qu'au plus profond de son être il était et restait un paysan ukrainien. Ce n'était nullement un homme insouciant, au contraire, et il avait une âme de paysan économe et connaissait parfaitement la vie de la campagne et les espoirs de ses habitants. Lors de sa prime jeunesse, il devint révolutionnaire et terroriste, reflétant ainsi l'esprit dominant de son époque et de son milieu - il était fils d'une famille nombreuse très pauvre d'ouvriers agricoles. Avec quelques amis ils se mirent à fabriquer des bombes dans le même récipient dans lequel sa mère brassait de la pâte. Quelle ne fut l'horreur de sa mère quand elle vit exploser le récipient et sauter hors du four.
Peu après cet incident tragi-comique, le jeune Makhno commit un attentat contre un fonctionnaire de police local et fut condamné à mort. Mais il n'a que dix-sept ans et grâce aux démarches de sa mère la condamnation est commuée en emprisonnement à vie. Ainsi il resta dans la prison de Boutyrka jusqu'à la révolution de 1917. Boutyrka était à cette époque une sorte d'université révolutionnaire. Souvent de tout jeunes hommes y entraient ignorant tout des théories révolutionnaires et c'est en prison auprés de camarades plus agés et d'intellectuels qu'ils acquéraient les bases qui leur manquaient. Makhno aussi apprit beaucoup en prison, mais ayant un caractère peu conciliant, il fut constamment en lutte contre les autorités et se retrouva souvent au cachôt, ce qui l'aigrit et l'endurcit encore plus. Il me semble qu'à Boutyrka il développa une certaine dose d'hostilité envers les intellectuels [constatant comme ceux-ci pouvaient sympathiser avec leurs geôliers (A.Skirda)] tout en ayant une vraie soif de savoir, une estime pour celui-ci.
Ida Mett, Paris, fev.48

4 коммент:

  1. très bien
    perso, je l'avais pas noté présent, ni absent.

    il serait pas déçu s'il revenait en France aujourd'hui.
    il constaterait que le bidule à faire fermer sa gueule au peuple fait toujours partie du décor.

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  2. C'est là une remarquable collection de textes. Celui de Makhno particulièrement est encore plus que remarquable. J'imagine que nous en saurons bientôt plus sur le séjour de Makhno en France ?

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  3. Oui, il avait des talents prophétiques, en plus du reste; par contre,cher Daniel,c'était le dernier texte de prévu sur Makhno et l'Ukraine,mais en cliquant ici vous pourrez tout savoir sur son exil parisien.

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  4. on a échappé à Escudero.
    yeah.

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